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L'appui du Gouvernement aux universités par un investissement immédiat et adéquat devrait être proclamé sans équivoque dès aujourd'hui

Le 16 février 2000

L’appui du Gouvernement aux universités par un investissement immédiat et adéquat devrait être proclamé sans équivoque dès aujourd’hui, insiste Arpi Hamalian, la présidente de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université

L’urgence de réinvestir dans nos universités : Le moment de vérité est arrivé et c’est aujourd’hui.

La Politique québécoise à l’égard des universités, rendue publique le 15 février 2000 par Monsieur François Legault, ministre d’État à l'Éducation et à la Jeunesse, trace un bilan très positif du développement de notre réseau universitaire et du travail accompli par ce réseau : «Enfin, en préparant des milliers d’étudiantes et d’étudiants à la vie active et en rayonnant sur le plan intellectuel et scientifique, les universités ont grandement contribué à la modernisation de notre société. Les bases de notre système universitaire étant bien établies, les défis des prochaines années vont s’inscrire dans un environnement où la connaissance constitue plus que jamais le moteur de notre développement.»(p.13). Reprenant plusieurs principes affirmés par la FQPPU dès 1997 dans son document L’Université comme service public, le document de la Politique souligne : «La présente politique prend par conséquent appui sur la conviction qu’un investissement dans nos universités est un investissement dans notre avenir collectif.» (p. 7).

« Malheureusement, il n’y a dans ce document aucune indication du niveau de financement que le gouvernement est prêt à commettre à cette fin» souligne Madame Hamalian. «Tant que le gouvernement Bouchard ne précisera pas le niveau de financement aux universités le document de la Politique reste au niveau d’un plaidoyer sans force et sans crédibilité» ajoute Madame Hamalian.

La FQPPU a déjà commenté à plusieurs occasions l’urgence d’agir en réinvestissant immédiatement dans les universités. C’est une perte de temps dangereuse que de multiplier les étapes et les projets de politique. Le Gouvernement prétendait qu’il fallait définir les orientations des universités avant de déterminer les enveloppes budgétaires. Maintenant, il prétend qu’il faut attendre la politique scientifique en préparation au Ministère de la Recherche, de la Science et de la Technologie avant de se commettre pleinement au financement des universités (pp. 8, 30, 34 et 36). Cependant, cette politique n’est annoncée que pour le mois de juin, c’est-à-dire après le budget Landry. Nous pouvons imaginer tout ce que cela veut dire. En plus, le ministre Legault nous demande de patienter pour qu’il dévoile deux autres aspects pourtant essentiels à toute politique à l’égard des universités : la formule de financement et les étapes d’un réinvestissement dans les universités…, c’est-à-dire une vraie politique du financement des universités. Pour le moment, tout ce qu’il promet, c’est  que «Les universités bénéficieront d’un financement de base leur permettant de remplir leur mission, en tenant compte de leurs caractéristiques propres.» (p.13)

«Le moment de vérité est arrivé  et c’est aujourd’hui» poursuit Madame Hamalian. La crise des universités est réelle et les prétextes pour continuer le désengagement financier de l’État à l’égard des universités ne font qu’aggraver la situation. Jusqu’à quand le Gouvernement continuera-t-il d’adapter à la pièce ses modes de financement en refusant de voir les lourdes conséquences d’un tel fonctionnement sur un secteur universitaire qui devient incapable d’exercer son rôle et nous expose ainsi, collectivement, à des reculs désastreux sur tous les plans? Où est la preuve de l'engagement de l'État «pour mieux assurer notre avenir collectif» à la veille du Sommet du Québec et de la Jeunesse?

Une affirmation du rôle des universités et de leurs liens avec l’État 

Sur un plan positif, la Politique vient de satisfaire l’urgent besoin de l’université de voir son rôle et sa mission réaffirmés dans le contexte des grandes transformations actuelles, aux plans national et international. Elle est le lieu par excellence du développement démocratique du savoir et de la culture dans notre société. Financée à même les fonds publics, elle est une institution de caractère public. Imputable à l’égard des fonds qui lui sont alloués, elle est pleinement autonome dans la réalisation du mandat qui lui est confié. Sur ces bases, les trois premiers chapitres de la Politique québécoise à l’égard des universités permettent au Gouvernement de dire et d’expliquer la politique qu’il entend pratiquer à l’endroit des universités concernant ce qui est permanent dans le rôle des universités et dans leur lien avec l’État. Ainsi, dans ces trois chapitres, le Gouvernement :

  • réitère les grands objectifs sociétaux d’accessibilité, de développement de l’enseignement et de la recherche et de formation des citoyennes et des citoyens;
  • affirme l’importance de préserver et de promouvoir le caractère public de l’institution universitaire comme une condition essentielle de la réalisation de sa mission;
  • affirme sa propre conviction et son soutien à l’égard de la liberté académique et de l’autonomie institutionnelle et semble favoriser un système d’imputabilité publique qui garantisse ces principes d’autonomie et de liberté;
  • confirme le principe d’assurer aux établissements un niveau de financement public adéquat qui leur assure la capacité de s’acquitter de la mission qui leur est confiée.

Avec ces éléments, le Gouvernement se situe lui-même par rapport aux universités, donnant la ligne directrice générale de son orientation, son soutien à leur développement comme institutions autonomes de caractère public, et la base essentielle du contrat et des principes qui lient les universités à la société. «Ce serait aux universités d’assumer leur engagement dans ce contrat, en développant une politique conforme aux objectifs d’accessibilité, au respect de leur mission, dédiée à la qualité générale de la formation par l’enseignement et la recherche, assurant la préservation de leur autonomie, la concertation et la complémentarité du système universitaire.» poursuit la présidente de la FQPPU.

Les deux autres chapitres de la Politique s’attardent sur des enjeux qui ressortent de la conjoncture, plus fluctuants par définition et donc plus susceptibles d’être affectés par les changements à venir dans les prochaines décennies. «En grande partie, le discours de ces deux chapitres, loin d’aider l’institution à se recentrer sur son caractère essentiel et sa mission, embrouille la vision et favorise une dilution progressive de la nature et du rôle spécifiques de l’université dans la société.» prévient Mme Hamalian. C’est dans ces chapitres qu’il y a un glissement dans la démarcation entre le domaine d’intervention de l’État à l’égard des universités et celui qui appartient en propre aux universités.

La concertation interuniversitaire 

Le Gouvernement déclare soutenir le renforcement de la concertation et de la complémentarité entre les établissements universitaires, dans le respect de leur autonomie. Ayant adopté le principe d’un financement de base permettant aux universités de remplir leur mission, en tenant compte de leurs caractéristiques propres, le Gouvernement propose qu’elles «pourraient bénéficier d’un apport supplémentaire, pour aider à rationaliser leurs activités et répondre aux besoins en émergence de la société» (p.13).

Les réformes organisationnelles et structurelles et la rationalisation des programmes sont en cours dans les universités basées, entre autres, sur les travaux d’examen des programmes universitaires actuellement menés par la CUP. Ces travaux favorisent l’adoption de protocoles interuniversitaires de reconnaissance des crédits, la collaboration des services administratifs et le renforcement des mécanismes de concertation avec les autres ordres de l’enseignement supérieur. Ces recommandations font un large consensus en milieu universitaire. Elles contrastent cependant avec la réalité budgétaire institutionnelle qui continue d’entraîner chaque année les établissements dans la course aux «clientèles» étudiantes et aux fonds de recherche. «Cette situation qui touche en particulier au mode de financement des universités, mais se nourrit aussi de l’esprit de concurrence factice à même les fonds publics, pervertit l’idée d’imputabilité et contredit les objectifs de la concertation.» conclut Mme Hamalian.

La création d’une Commission nationale

Préoccupée par cette question, la FQPPU poursuit un travail de réflexion voulant favoriser l’élaboration d’une conception de l’université qui lui permette de préserver et de promouvoir la réalisation effective de sa mission et l’aide à s’orienter face à l’ensemble des enjeux et défis auxquels elle est aujourd’hui confrontée. La Politique québécoise à l’égard des universités ne propose aucun mécanisme pour assurer le suivi de la réflexion amorcée, du bilan des actions qui en suivront ainsi que les ajustements nécessaires face aux enjeux conjoncturels et éphémères. Depuis la disparition du Conseil des universités, les universités québécoises se ressentent vivement de l’absence d’un organisme indépendant, une instance nationale qui serait un lieu de réflexion et d’analyse, un cadre d’élaboration sur les perspectives et les orientations du développement universitaire, pour assurer une fonction critique et le développement de citoyennes et citoyens à l’esprit critique au sein même de nos universités.

«Le ministre de l’Éducation et de la Jeunesse et son Gouvernement rendraient un grand service au milieu universitaire, aux jeunes, aux générations futures, c’est-à-dire à toute la société québécoise s’ils favorisaient la mise en place d’une telle structure.» déclare Mme Hamalian. On disposerait ainsi d’un instrument d’examen du développement universitaire à chaque étape bien plus utile, bien plus complet et pertinent que tout ce que ne pourront jamais permettre la Loi 95, les comparutions annuelles de chaque établissement et «les indicateurs de performance» les nouveaux mots magiques d’une façon de penser magique et virtuelle. C’est pourquoi, nous proposons et demandons, encore une fois, la création d’une Commission nationale des universités, permanente, publique, indépendante et multipartite, chargée :

  • de promouvoir le développement du réseau universitaire dans sa totalité;
  • de préserver l’intégrité de l’institution universitaire et le respect des principes qui la fondent, en particulier la liberté académique et l’autonomie institutionnelle;
  • d’aviser et de conseiller le Gouvernement et les composantes de la communauté universitaire sur toute question relative à l’enseignement, à la recherche, à la formation des étudiantes et des étudiants et au financement.

«La FQPPU s’engage à être au rendez-vous et à collaborer avec le Gouvernement pour contribuer activement aux consultations nécessaires pour la création de cette Commission nationale.» signale Mme Hamalian.

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