Thèmes

Bibliothèque

Accès réservé

Extranet

English documents

Le ministre Legault vient de rendre public son Énoncé de politique à l'égard des universités... Son Gouvernement le suivra-t-il?

Le 26 octobre 1999 

Par la voix de sa présidente, Madame Arpi Hamalian, la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU) tient à faire connaître son accord avec la vision de l’Université exprimée dans l’Énoncé de politique à l’égard des universités rendu public le 26 octobre 1999 par Monsieur François Legault, ministre d’État à l’Éducation et à la Jeunesse. Elle déplore toutefois le choix de certaines actions qui mènent à la construction d’une université marchande.

Reprenant plusieurs grands principes affirmés par la FQPPU dès 1997 dans son document L’Université comme service public, le ministre Legault souligne, au début de son énoncé de politique, que l’Université est un service de nature publique. (p. 3). Il en tire comme conséquence que la présente politique prend (…) appui sur la conviction qu’un investissement dans nos universités est un investissement dans notre avenir collectif. (p. 3). La FQPPU salue le ministre Legault pour cette initiative et croit, comme lui, que tous en bénéficieront puisque c’est le Québec qui y gagnera en dynamisme, en créativité et en prospérité (p. 4).

La FQPPU se réjouit de voir reconnus les grands principes qu’elle défend et qui se retrouvent dans le document du ministre Legault : 

  1. La spécificité de la formation universitaire basée sur le lien indissociable qui unit l’enseignement et la recherche.
  2. L’accessibilité: la formation universitaire constitue une valeur personnelle et sociale et doit être ouverte à tous ceux et celles qui ont les aptitudes et la volonté nécessaires pour s’y engager. Il faut continuer à éliminer les barrières économiques, régionales et autres qui freinent cette accessibilité. Le rattrapage du Québec en matière de fréquentation universitaire est loin d’être terminé.
  3. L’importance d’assurer une formation et un encadrement adéquats en favorisant le recrutement de jeunes professeures et professeurs, de promouvoir la reconnaissance des professeures et professeurs d’expérience, de financer le renouvellement des bibliothèques, des laboratoires, du matériel scientifique et d’intégrer les nouvelles technologies, etc.
  4. L’affirmation de la diversité et de l’autonomie de fonctionnement des établissements universitaires qui enrichissent le réseau. Cette diversité confère au réseau une souplesse de nature à en favoriser l’adaptation aux conditions environnantes. Ces universités doivent voir leur autonomie respectée. Toute tentative de ciblage serait de nature à mettre en péril ce principe de même que celui de l’accessibilité.
  5. La garantie enfin que les universités jouiront de la latitude nécessaire afin de s’acquitter pleinement de leur mission d’enseignement, de recherche et de service à la collectivité. 

La FQPPU partage la vision de l’Université québécoise décrite dans le document : l’Université au service de toutes et de tous, l’Université du bien commun et du patrimoine collectif, l’Université de la réussite et de la qualification, en un mot, cette Université que défend la FQPPU depuis sa fondation.

Malheureusement, constate Madame Hamalian, cette vision s’effrite sur le plan des principes d’action. Les actions proposées conduisent à une université marchande : productivité, efficacité, efficience, reddition des comptes, indicateurs de performance: ces maîtres-mots de l’idéologie marchande prédominent. Une culture de l’entreprise s’implante dans nos universités. Les effets néfastes de ce culte de l’efficience ont été bien reconnus dans l’histoire des universités nord-américaines. Les rapports et les publications de la FQPPU de ces dernières années l’ont bien démontré.

Nous tenons donc à exprimer avec force notre extrême inquiétude, poursuit Madame Hamalian. Depuis quelques années et à cause du désengagement de l’État par des coupures budgétaires soutenues, nous constatons déjà une érosion de plus en plus dangereuse des spécificités de l’institution universitaire, de la liberté de la recherche et de la liberté de pensée qui devraient y prévaloir.  

Le Québec a fait beaucoup de progrès en 30 ans pour améliorer l’accessibilité et faire de son réseau universitaire un réseau diversifié et de très haut niveau. Pour conserver ces acquis déjà fortement ébranlés, il faut agir très vite et réinvestir massivement dans ce réseau pour que soit préservée et développée l’immense richesse que nos universités représentent pour l’éducation et la culture, pour les sciences, les arts, l’économie et la démocratie. Mettre en péril le caractère public de l’Université, ce serait l’assujettir à des intérêts particuliers de tous ordres qui dénaturent son rôle irremplaçable dans la société.

Le ministre Legault annonce également une politique de financement qui viendra corriger les déséquilibres actuels. Au cours des prochains jours, nous adresserons au Ministre nos recommandations pour nous assurer que cette politique de financement s’ajuste à la vision qui émane du document rendu public aujourd’hui. À cette fin, il importe de signaler un oubli important de ce document: rien n’y assure un suivi systématique et durable des retombées qui résulteront de cette politique. Pour assurer la défense active de l’Université au service de la collectivité, nous proposons et demandons encore une fois: 

La création d’une Commission nationale des Universités, permanente, publique, indépendante et multipartite, chargée de promouvoir le développement du réseau universitaire dans sa totalité, de préserver l’intégrité de l’institution et le respect des principes qui la fondent, en particulier la liberté académique et l’autonomie institutionnelle, d’aviser et de conseiller le gouvernement et les composantes de la communauté universitaire sur toute question relative à l’enseignement, à la recherche, à la formation des étudiantes et des étudiants et au financement.

Par ailleurs, la FQPPU continue de s’inquiéter de la division des portefeuilles qui place les universités et la recherche universitaire dans des ministères différents. À quand un énoncé de politique scientifique et de la recherche? Jusqu’à quand le Gouvernement continuera-t-il d’adapter à la pièce ses modes de financement en refusant de voir les lourdes conséquences d’un tel fonctionnement sur un secteur universitaire qui devient incapable d’exercer son rôle et nous expose ainsi, collectivement, à des reculs désastreux sur tous les plans? 

Nous avons entre nos mains, aujourd’hui, l’Énoncé de politique à l’égard des universités du ministre Legault. Quelle sera l’attitude du Gouvernement québécois à l’égard de cette politique? Le Gouvernement suivra-t-il son Ministre? Ses vrais priorités vont apparaître clairement dans les choix budgétaires qu’il fera au cours de l’année qui vient. La mise en œuvre de la politique que l’on nous présente aujourd’hui exige que le Gouvernement agisse très vite et donne aux universités les moyens financiers dont elles ont un urgent besoin.

Administration