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Le phénomène de la précarité et la question des chargés de cours à l'Université

Le 22 octobre 1998

Dans un document intitulé Le phénomène de la précarité et la question des chargés de cours à l'Université rendu public aujourd'hui, la Fédération québécoise des professeures et professeurs d'université demande la réduction du nombre de chargés de cours dans les universités québécoises et l'embauche d'un plus grand nombre de professeurs réguliers pour assurer la qualité de la formation des étudiants universitaires du Québec.

La FQPPU constate que le pourcentage des charges de cours confiées à des chargés de cours s'élève en moyenne à 40% dans l'ensemble des établissements universitaires et qu'il atteint des seuils encore plus élevés de 50% ou même de 60% dans certains programmes. Par ailleurs, depuis quatre ans, le nombre de professeurs réguliers a diminué de près de 1 000, passant de 9 050 en 1994-1995 à 8 138 en 1997-1998.

«Il est urgent, déclare le président de la FQPPU, Roch Denis, que le système universitaire cesse d'utiliser la main-d'oeuvre à bon marché des chargés de cours comme substitut à l'embauche de professeurs réguliers. Les chargés de cours devraient être considérés avant tout comme une catégorie d'appoint engagée à l'Université pour son expertise scientifique ou professionnelle complémentaire à celle du corps professoral et non pas comme le «cheap labour» du premier cycle universitaire, ajoute M. Denis.

Les compressions budgétaires massives de près d'un demi-milliard de dollars imposées depuis cinq ans aux universités ont contribué à favoriser l'extension du phénomène de la précarité dans tous les groupes d'emploi et ce sont les étudiants qui sont les premières victimes de cette dégradation des conditions de la formation.

Le document de la FQPPU rappelle que plusieurs diplômés universitaires, détenteurs de doctorats et susceptibles de se destiner à la carrière professorale, sont confinés chaque année au rôle de chargés de cours, du fait du manque de postes de professeurs réguliers dans les universités. En leur réservant ce sort, le système contribue à leur déqualification et engendre un gaspillage de talents et de compétences que le Québec n'a pas les moyens de s'offrir.

Pour enrayer le phénomène, la Fédération qui regroupe 20 syndicats de professeurs dans l'ensemble des établissements universitaires du Québec, propose diverses mesures parmi lesquelles: 1) l'instauration d'un système de normes permettant de fixer dans les différents programmes universitaires des pourcentages maximums pour l'embauche de chargés de cours. Il s'agit d'un système analogue à celui préconisé par l'Association américaine des professeurs d'université qui vise à limiter le recours aux enseignants à temps partiel à 15% de l'enseignement dans son ensemble dispensé par un établissement et à un maximum de 25% dans un département donné; 2) la création d'une nouvelle filière de recrutement auprès des diplômés universitaires dont la compétence et le talent pourraient bénéficier au renouvellement du corps professoral plutôt que d'être gaspillés dans des statuts d'emploi de seconde catégorie.

En publiant ce document adopté récemment par son Conseil fédéral, la FQPPU fait siennes les grandes recommandations qui avaient été formulées il y a dix ans par le Conseil des universités dans son avis sur Les chargés de cours dans les universités québécoises. Ces recommandations n'ont jamais été mises en oeuvre par les gouvernements qui se sont succédé au pouvoir à Québec depuis ce moment. «Il est temps qu'elle le soient, déclare Roch Denis, qui rappelle une des conclusions majeures du rapport du Groupe de travail sur le financement des universités (avril 1997) formé par la Ministre de l’Éducation: «l'engagement de professeurs réguliers constitue la meilleure façon d'améliorer l'encadrement des étudiants».

On trouvera en annexe du présent communiqué le texte intégral des propositions formulées par la FQPPU en conclusion de son document.

Pour information:

Secrétariat de la FQPPU
Téléphone: (514) 843-5953; télécopie: (514) 843-6928

Le phénomène de la précarité et la question

des chargés de cours à l’Université

Position et propositions de la FQPPU

1) La FQPPU propose l'organisation d'une vaste campagne publique conjointe des organisations du milieu universitaire afin de sensibiliser l'opinion publique à l'importance des moyens à mettre en oeuvre pour assurer une formation universitaire de qualité et réclamer du Gouvernement l'allocation d'un financement public adéquat permettant l'augmentation du nombre de postes de professeurs réguliers et le redressement des ratios étudiants/professeurs. La réduction de la main-d'oeuvre à temps partiel va de pair avec l'accroissement nécessaire du nombre de postes réguliers de professeurs à temps plein. Pour que les universités puissent y pourvoir, elles devront disposer des ressources financières adéquates.

2) La FQPPU propose, dans chaque établissement, l'adoption d'un plan de renouvellement du corps professoral, permettant en particulier d'identifier clairement ceux des chargés de cours qui sont susceptibles de se destiner à la carrière professorale et pour lesquels, en parrallèle aux prestations d'enseignement qu'ils effectuent, des programmes spécifiques de perfectionnement et d'accès à la recherche et aux équipes de recherche seraient mis en place ainsi que des mécanismes effectifs de priorité à l'embauche lors du recrutement de nouveaux professeurs. Si un véritable corridor d'accès à la carrière professorale était aménagé pour cette catégorie, la création d'une filière d'emploi spécifique pourrait être envisagée utilement, car une telle filière serait intrinsèquement liée au débouché sur la carrière plutôt que d'être le tremplin d'une déqualification et le point d'appui d'une réduction du nombre des postes réguliers.

3) Considérant, à l'instar du Conseil des universités, que l'utilisation massive d'une main-d'oeuvre à temps partiel ne peut que *porter atteinte à la cohérence, la continuité et à la qualité des services offerts+, la FQPPU revendique la mise en oeuvre dans chaque établissement d'un plan de réduction du nombre de chargés de cours et de la proportion des enseignements confiés à des chargés de cours. L'urgence d'un tel plan est particulièrement grande pour l'amélioration, au sein du réseau universitaire québécois, des ratios étudiants/professeur essentiels à la qualité de l'enseignement et à une meilleure articulation des fonctions d’enseignement, de recherche et de services à la collectivité. Un système de normes fixant les critères et les taux maximums d'utilisation de la main-d'oeuvre à temps partiel analogue à celui proposé par l'Association américaine des professeurs d'université devrait être adopté et la FQPPU en proposera l'instauration en formulant des recommandations précises aux responsables des instances universitaires.

4) La FQPPU revendique des pouvoirs publics la mise à jour complète et rigoureuse de l'étude réalisée en 1989 par le Conseil des universités. L'obtention de cette information nécessaire représente à elle seule un enjeu politique de première importance car, en général, les systèmes sont peu enclins à révéler l'ampleur du phénomène, à consacrer sa définition et à démontrer ses ramifications. Il est essentiel cependant, si nous voulons avoir une action efficace, que cette information soit rendue disponible parce que dépend d'elle la capacité d'agir de façon adaptée et différenciée face à la partie des chargés de cours qui répond vraiment à la définition d'une fonction d'appoint et celle des *intensifs+ et autres catégories où se constitue, au détriment du recrutement de postes de professeurs et de personnels à temps plein, le bassin de la précarité et des statuts à temps partiel, et où s’accomplit la déqualification de centaine de jeunes diplômés qui se voient refuser l’accès à la carrière professorale. Cette revendication rejoint exactement la première recommandation qu'adressait aux universités et au ministre de l'Enseignement supérieur et de la Science, en 1989, le Conseil des universités. Elle se lisait ainsi: *(Le Conseil) souligne l'importance d'établir les distinctions qui s'imposent entre les chargés de cours que l'on engage occasionnellement en raison de leur expérience et de leur expertise professionnelle et les chargés de cours d'un nouveau type qui font pratiquement de l'enseignement leur profession (…)+ 1 Cette recommandation n'a pas été mise en oeuvre, mais nous demandons qu'elle le soit car elle constitue une responsabilité publique essentielle à l'égard du système universitaire et des conditions de son développement.

Telles sont les quatre propositions prioritaires que la FQPPU et les syndicats de professeurs dans chaque établissement vont s’employer à défendre publiquement au cours des prochains mois.

Conclusion

Il convient en terminant ce document consacré au phénomène de la précarité et à la question des chargés de cours à l'Université de relire certains passages de la conclusion que tirait de son étude le Conseil des universités, en 1989.

*C'est sans doute ultimement l'idée même que l'on se fait de l'Université - un lieu où les missions d'enseignement et de recherche sont indissociables - qui pourrait être remise en question par le recours massif à un personnel temporaire assigné exclusivement à l'enseignement. En effet, comment réaliser le projet même de l'Université en dissociant à ce point enseignement et recherche? (...) Comment assurer la cohérence des programmes et la continuité des itinéraires de formation, comment assurer la coordination et la cohérence des enseignements avec des effectifs aussi élevés d'enseignants qui ne participent pas pleinement à la vie des départements et des facultés? Comment pouvoir initier les étudiants aux visions de synthèse en leur offrant des enseignements morcelés?»

«Le Conseil est de ceux qui pensent que l'avenir de la qualité de l'enseignement universitaire passe par une nette valorisation des fonctions d'enseignement et que cette valorisation exigera que des professeurs de carrière, aux visions synthétiques des savoirs et des réalités, soient les principaux initiateurs aux études universitaires. Il faut donc que soit augmenté le nombre de postes réguliers de professeurs d'université et que s'établisse un équilibre plus sain entre les tâches confiées aux chrgés de cours et celles confiées aux professeurs réguliers. Le Conseil est d'avis que l'avenir n'est pas dans des décisions qui auraient pour effet de rendre permanent l'état de choses actuel.+2

On le voit, ces lignes n'ont rien perdu de leur actualité, ni de leur pertinence. Au contraire, avec l'accentuation du recours massif aux enseignants à temps partiel, avec la tendance à l'exacerbation des préjugés, des tensions et des divisions que le phénomène suscite au sein de l'institution à la faveur des compressions budgétaires, l'analyse du Conseil et l'appel qu'il lance atteignent une portée que l'on ne leur décelait peut-être pas avec autant de force il y a dix ans. Souhaitons que par notre action, nous soyons en mesure de contribuer à la mise en oeuvre effective de ces idées fondamentales.

1 Conseil des universités, op.cit., p. 140.

2Idem, pp. 137-138.

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