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Priorités de réinvestissement dans les Universités québécoises

Le 18 août 1999

Par la voix de sa présidente, Mme Arpi Hamalian, la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU) signifie son accord avec la prise de position de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ) concernant les deux grandes priorités de réinvestissement rendues publiques dans un document diffusé le vendredi 13 août 1999.

Les deux priorités collectives de réinvestissement dont «la poursuite devrait s’harmoniser avec le redressement du financement de base…» sont: (1) le réinvestissement dans le corps professoral… et (2) la mise à niveau et le développement des équipements d’enseignement et de recherche. Les chefs d’établissement rappellent au gouvernement que «le corps professoral est au coeur de l’activité universitaire. C’est son potentiel et sa stature qui déterminent la capacité de former des étudiants et de faire de la recherche... étudiants et professeurs doivent être adéquatement équipés pour faire leur travail et pour pratiquer de hauts standards de qualité.» Voilà une déclaration qui rejoint tout à fait le point de vue défendu par la FQPPU depuis de nombreuses années. 

Dans sa lettre du 23 juillet 1999, adressée au ministre d’État à l’Éducation et à la Jeunesse, M. François Legault, Mme Hamalian avait déjà elle- même suggéré ces deux priorités. Tout en soulignant que dans l’ensemble du système universitaire québécois plus de 1000 professeurs ont quitté leur emploi en majorité à cause des coupures budgétaires des cinq dernières années, Mme Hamalian écrit: «J’ose espérer que dans deux ans, nous pourrons échanger des félicitations mutuelles pour l’embauche de 1000 nouveaux professeurs dans le système ainsi que pour avoir favorisé un nouvel équilibre de l’ensemble du système universitaire dans le respect de l’autonomie des institutions et du principe d’accessibilité pour tous les Québécois.» Ma priorité, poursuit Mme Hamalian, «sera de défendre l’importance d’un réinvestissement immédiat dans les universités et l’élaboration d’un plan de relance pour les prochaines années afin de permettre aux établissements de protéger les postes actuels de professeurs, d’ouvrir de nouveaux postes et de pourvoir à leurs besoins criants en matière de financement de la recherche, de développement de bibliothèques et d’entretien du matériel scientifique.»

Les coupures budgétaires massives, de plus d’un demi-milliard de dollars imposées depuis cinq ans aux Universités, ont contribué à aggraver l’extension du phénomène de précarité dans tous les groupes d’emploi et ce sont les jeunes détenteurs de diplômes de doctorats qui en sont les premières victimes. À cela il faut ajouter que le non-renouvellement du corps professoral associé au départ orchestré de professeurs d’expérience ont directement contribué à la dégradation des conditions de formation, malgré les efforts additionnels soutenus par le nombre réduit des professeurs et un accroissement radical de leur charge de travail. L’engagement de professeurs réguliers constitue, selon la FQPPU, la meilleure façon d’améliorer l’encadrement des étudiants et de garantir la qualité de la formation.

Il importe aussi de remettre en question le mouvement qui entraîne un rétrécissement constant de la part du financement de la recherche universitaire émanant de sources publiques en regard du financement de sources privées. L’importance de la recherche universitaire et ses répercussions économiques, sociales, culturelles et démocratiques majeures pour l’ensemble de notre société sont bien connues. Nos établissements d’enseignement supérieur ont la mission de contribuer à l’avancement et à la diffusion des connaissances dans toutes les sphères de l’activité humaine et sociale; ils ne sauraient se limiter aux seuls aspects liés au développement économique et encore moins au seul processus de restructuration industrielle et de commercialisation immédiate. Un financement adéquat de la recherche universitaire aiderait les Universités à mieux résister à la tentation de vendre une partie de leur âme au plus offrant. L’apport du financement des sources privées ne devrait pas servir d’alibi à la réduction des fonds publics qui demeurent la source essentielle du développement de la recherche universitaire dans le respect de la mission spécifique de la recherche et du travail des chercheurs universitaires. C’est un enjeu de société et une responsabilité collective. 

Pour ces raisons, Mme Hamalian réitère que le prochain budget du Québec devrait faire de la restitution d’un niveau adéquat de financement universitaire une priorité nationale. La FQPPU estime que l’éducation devrait figurer parmi les investissements publics majeurs pour l’avenir du Québec plutôt qu’uniquement dans la colonne des dépenses. Il y a déjà un an qu’un sondage CROP effectué pour le compte de la FTQ et portant sur les priorités des Québécois soulignait que «84 % d’entre eux optent pour la qualité des services en santé et en éducation tandis que seulement 18 % choisissent les réductions d’impôt et 11 % l’élimination du déficit». Il y a là une orientation d’action claire dont devront s’occuper tant le gouvernement provincial que le gouvernement fédéral. 

L’engagement à l’égard d’un financement public massif et adéquat devrait être considéré comme un des principes fondamentaux de toute politique gouvernementale à l’égard des Universités. La FQPPU se réjouit de l’engagement clair de M. François Legault pour le rétablissement du financement public de l’Éducation et en particulier des Universités québécoises et de son intention de faire de l’Éducation une véritable priorité nationale. Par ailleurs, si le projet de consultations publiques en vue d’une politique gouvernementale à l’égard des Universités et de leur financement est maintenu, les ministres Legault et Rochon devront collaborer étroitement. La FQPPU continue de s’inquiéter de la division des portefeuilles qui place les Universités et la Recherche dans des ministères différents alors que la Recherche s’accomplit largement dans les Universités et qu’elle est un pivot essentiel de leur progrès, un ferment nécessaire de la formation des étudiantes et des étudiants ainsi que de la relève scientifique. À défaut de cette collaboration, nous risquons d’assister à très court terme à une désarticulation néfaste des fonctions majeures de l’Université et du lien indissociable entre l’enseignement et la recherche.

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