L’IMPACT DES POLITIQUES
DE L’INNOVATION SUR LA
RECHERCHE UNIVERSITAIRE :
SYSTÈMES NATIONAUX ET
RÉSEAUX MONDIAUX
par
Pierre Milot ![]()
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Version courte ici
Le 6 avril 2000 - La Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université dénonce le document ministériel.
Après une «Politique à l’égard des universités» qui suscitait légitimement l’inquiétude par son approche de la mission des universités et l’atmosphère comptable dans laquelle elle baigne, le Ministre de l’Éducation vient d’accoucher d’un projet de financement des universités qui illustre jusqu’à quel point il n’a toujours pas compris la richesse du réseau universitaire québécois dont il est en train d’étouffer la générosité et le dynamisme par des mesures mercantiles sans précédent dans le monde de l’éducation et totalement inadaptées au développement des universités.
Pour la FQPPU, ce document est irrecevable :
La base essentielle du contrat qui lie les universités à la société repose sur le respect de leur autonomie, respect dont elles doivent être assurées de la part du Gouvernement qui a pour rôle de soutenir leur développement comme institutions autonomes de caractère public. Le projet de «Programmation budgétaire» du ministre Legault montre, au contraire, la méfiance dans laquelle le Gouvernement tient les établissements universitaires, le mépris avec lequel il traite la tâche professorale, l’insouciance à l’égard des effets pervers qu’une telle politique de financement aurait sur la qualité de l’enseignement, de l’encadrement et de la recherche universitaire. Ce projet témoigne d’une vision fragmentée du monde universitaire, essayant sans succès de réconcilier les responsabilités administratives, les préoccupations comptables, les nécessités du marché et de la compétition et les objectifs de rendement. Ce document ignore que la vie universitaire repose fondamentalement sur une relation pédagogique entre les professeures et les étudiants qui ne peut porter de fruit qu’enracinée dans la liberté universitaire. Loin d’aider l’institution à se recentrer sur son caractère essentiel et sa mission, le projet de financement favorise une dilution progressive de la nature et du rôle spécifique de l’université dans la société.
Le Ministre ne cesse de proclamer à qui veut l’entendre que la base de sa philosophie du financement c’est le «donnant-donnant». Or, les professeurs d’université ne cessent de donner. Depuis que la vague des compressions budgétaires les a frappés de plein fouet, ils ont accepté un alourdissement considérable de leur tâche telle que, de l’avis même des administrations d’université, la qualité de la formation est maintenant en jeu. Cela n’empêche pas notre Ministre de vouloir étrangler un peu plus le système. Que les universités aient des comptes à rendre, nous en sommes et nous l’avons toujours affirmé. Mais que la reddition de comptes prenne l’allure d’une véritable enquête quasi-policière, c’est aller au-delà du tolérable. Ce que nous avons aujourd’hui sous les yeux, ce n’est pas une politique de financement, mais un ensemble de mesures coercitives destinées à contrôler le monde universitaire sans égard à la qualité de l’enseignement et de la recherche qui s’y pratiquent. C’est la perpétuation de préjugés selon lesquels les professeurs d’université ne travaillent pas et ne sont pas évalués. C’est un véritable coup de force qui menace l’équilibre atteint dans chaque établissement entre les administrations universitaires et le corps professoral. Le Ministre doit savoir qu’il y aurait des conséquences graves à toute atteinte à cet équilibre enchâssé dans les conventions collectives.
La FQPPU l’a dit à maintes occasions. Si le Gouvernement traite les réformes organisationnelles et la rationalisation des programmes en cours dans les universités comme des préalables au redressement du financement public dont les universités ont un urgent besoin, alors c’est que le Gouvernement continue à cautionner une politique de coupures budgétaires et de désengagement à l’égard des universités. C’est qu’il n’a pas compris la nature de sa responsabilité face à l’enseignement et à la recherche universitaires.
Nous invitons le Ministre à reprendre contact et à consulter l’ensemble des acteurs du monde universitaire avant d’arrêter un texte définitif. Il doit revoir ses positions afin que, dans un document de cette importance, les véritables intérêts de la société soient respectés.