L’IMPACT DES POLITIQUES
DE L’INNOVATION SUR LA
RECHERCHE UNIVERSITAIRE :
SYSTÈMES NATIONAUX ET
RÉSEAUX MONDIAUX
par
Pierre Milot ![]()
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Version courte ici
Mémoire de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université présenté au Groupe de travail sur le financement des universités
14 février 1997
Groupe de travail sur le financement des universités
Mémoire de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU)
Le 14 février 1997
Au nom de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU), nous tenons à remercier très sincèrement le Groupe de travail sur le financement des universités de nous avoir invités à présenter notre point de vue sur les différents aspects du mandat qui lui a été confié par la ministre de l’Éducation.
Le mandat du Groupe de travail touche essentiellement les règles actuelles du financement des universités et les modifications qui pourraient y être apportées dans un contexte de restrictions budgétaires.
Nous croyons utile de rappeler, de prime abord, que le niveau du financement universitaire a subi depuis le début des années 1980 de constantes réductions dont la somme s'élève aujourd'hui à environ un milliard de dollars. S'il devait s'accentuer au cours des prochaines années, ce manque à gagner causerait des dommages très graves à la mission des universités et à la qualité de la formation universitaire dans notre société. De plus en plus d'intervenants le reconnaissent et pressent le gouvernement de revoir sa politique à ce chapitre. Si le Groupe de travail sur le financement des universités s'est vu demander d'éviter “toute avenue qui nécessiterait d'accroître à court terme le financement gouvernemental des universités”, il ne s'ensuit pas, selon nous, qu'il ne puisse éclairer le gouvernement sur les conséquences dramatiques de l'abaissement radical du niveau de financement public des universités, ni qu'il ne puisse recommander des moyens de consolider et de stabiliser le financement des universités à moyen terme.
Dans notre mémoire aux États généraux sur l’éducation, nous affirmions en août 1995 :
«Parvenu à la présente étape de sa croissance, le réseau universitaire ne pourra, selon nous, continuer d'offrir sa contribution spécifique au progrès de notre société qu'à deux conditions: d'une part, assurer par la concertation de tous les intervenants du milieu la remise à jour d'une conception commune et globale de l'institution universitaire qui, tout en respectant l'autonomie de ses établissements, fonde l'unité de leur mission et de leurs objectifs et définisse les conditions actuelles ainsi que les prochaines étapes du développement universitaire; d'autre part, assurer, dans le cadre de cet effort de pensée concertée, l'élaboration d'une politique de financement des universités, politique dont l'adoption découle logiquement du financement public de l'institution et qui est à la base de sa reconnaissance comme investissement collectif et choix de société.
Comme l'affirme le Conseil supérieur de l'Éducation dans son dernier avis consacré à la mission universitaire, le gouvernement et les intervenants du milieu universitaire «ne peuvent plus traiter du financement des universités québécoises à la pièce; il leur faut s'arrêter sur les orientations qui président à ce financement et à ses modalités. Les tensions - présentes tant dans la société que dans le milieu universitaire - reliées au financement et à ses modalités méritent un examen approfondi, afin de savoir en quoi elles peuvent ou non altérer l'exercice de sa mission.» (CSE, 1995, 27-28).»
Ces propositions nous paraissent toujours valables et devraient, à notre avis, inspirer le travail et les recommandations du Groupe que vous formez.
Nous estimons également que sur toutes les questions touchant le financement des universités, il est très important que la recherche des solutions préserve l'équilibre entre, d'une part, le droit légitime du ministère de l'Éducation d'inciter les universités à poursuivre des objectifs de société définis par le gouvernement, et d'autre part, le respect de l'autonomie des établissements essentielle à leur mission, à leur fonction critique, à leur capacité d'innovation créatrice. Cet équilibre se fonde sur le statut spécifique de l'université qui est à la fois celui du service public de l'enseignement supérieur et celui de l'institution autonome dédiée à l'enseignement, à la recherche et à la création.
La FQPPU est entièrement d'accord avec les objectifs qui sous-tendent cette question, à savoir la préservation de l'accessibilité à l’université et l'élimination d'une concurrence stérile entre les établissements. Toute règle de financement assurant la mise en oeuvre des principes d'accessibilité et de coopération interuniversitaire dans l'enseignement et la recherche, sera agréée par la Fédération. Cependant, si le Groupe de travail estimait que la modification de la norme actuelle est susceptible de restreindre l'accessibilité, la Fédération préférerait alors qu'aucun changement ne soit adopté.
Nous pensons qu'il faut chercher à préserver l'adéquation entre la tâche globale confiée aux universités et les ressources requises pour son accomplissement. Le fait que le financement soit basé sur le niveau des inscriptions n'est pas un mal en soi, mais la formule actuelle n'est pas assez fine et ne tient pas compte du fait que les coûts n'évoluent pas de façon absolument symétrique au nombre d'étudiants. On pourrait s'inspirer, à cet égard, de la formule de financement des CÉGEPS, ou de celle des universités ontariennes, en adaptant leurs mécanismes aux caractères spécifiques des universités québécoises. La formule ontarienne n'apporte de modifications au financement des clientèles que lorsque celles-ci ont fluctué de façon significative. Une formule de ce type aurait l'avantage de permettre aux universités de compter sur un financement plus stable, établi par exemple sur une base de trois ans, ce qui faciliterait la planification de leurs opérations, l'organisation de leur développement et la possibilité d'assurer la relève dans de meilleures conditions.
Il faut distinguer ici deux niveaux de problèmes: celui de l'augmentation spectaculaire du nombre des programmes de certificats à laquelle on a assisté depuis plusieurs années et celui de leur performance en matière de diplomation.
Dans la mesure où la prolifération des certificats ou des programmes courts a été encouragée par la course aux clientèles étudiantes et par le besoin de financement des établissements, il nous paraît opportun d'examiner leur pertinence et leur complémentarité dans l'ensemble de la formation universitaire.
Cependant la pertinence de ces programmes ne saurait s'apprécier à partir du seul indicateur de performance que serait la diplomation. Il importe de prendre en considération leur apport à la formation. Par exemple, en permettant que des personnes puissent avoir accès à temps partiel à une formation dont elles auraient autrement été exclues, l’Université répond à une attente légitime, sans que sa performance puisse être jugée négativement du seul fait que la formation acquise ne débouche pas toujours sur un diplôme.
Le taux de persévérance dans ces programmes ne devrait pas être calculé de la même façon que dans les programmes réguliers de baccalauréat, de maîtrise ou de doctorat.
Enfin, les programmes de certificat et les programmes courts ne devraient pas être considérés en bloc, mais par discipline et par secteur. Il serait également souhaitable que la Commission des universités sur les programmes (CUP) se penche sur cette question, établisse une carte des certificats existants et en analyse la pertinence et la performance en tenant compte de leur contribution à l'accessibilité et à l'élévation du niveau de compétence de dizaine de milliers de citoyennes et citoyens oeuvrant dans tous les secteurs de notre société. Sur la base de cet examen, il y aurait lieu de procéder aux aménagements nécessaires de la carte des programmes de certificats et des autres programmes courts. Selon nous, cette voie d’action serait bien davantage susceptible de déboucher sur des solutions appropriées que les tentatives de régler la question des certificats et des programmes courts par l’abaissement du niveau de leur financement public.
Il n’est certes pas de la responsabilité de l’Université de dispenser des formations ou des cours dont le niveau universitaire n’est pas clairement établi. Cependant, soit pour des raisons historiques ou en réponse à des besoins ponctuels, de tels enseignements existent et on ne peut, à priori, les exclure en bloc du financement public, sans un examen préalable. Certains cours pourraient vraisemblablement être déplacés vers d’autres ordres d’enseignement. Les sources de financement d’autres cours devraient faire l’objet d’une évaluation au cas par cas en fonction de critères précis : certains cours peuvent être essentiels dans le cadre d’une formation donnée et leur présence dans un programme d’étude se justifier. D’autres cours, liés à la formation continue, peuvent faire l’objet d’ententes avec des organismes ou groupes professionnels en vue d’un autofinancement.
Il n’est pas du ressort du ministère de l’Éducation de procéder lui-même à une réévaluation de ce domaine, mais il peut indiquer clairement aux établissements universitaires l’importance qu’il accorde à la nécessité de mener rapidement une réflexion à ce sujet. Il nous apparaît ici aussi que la Commission des universités sur les programmes pourrait être saisie du dossier.
Cette question appelle une distinction importante entre ses deux volets: favoriser la diminution de la durée des études et favoriser la diminution du nombre d'abandons sont deux choses distinctes. Nous nous opposons à toute règle budgétaire qui viserait le premier volet comme objectif car le fait d'encourager, par le biais du financement, la diminution de la durée des études risquerait d'entraîner des effets pervers, comme celui d'inciter les établissements à réduire les exigences d'études et la qualité des diplômes.
Il faut par contre favoriser la persévérance aux études. A cette fin, les règles de financement pourraient comporter un encouragement monétaire alloué directement aux étudiants plutôt qu'aux établissements. Mais l’action pour diminuer les taux d’abandon ne relève pas que de considérations financières. Elle concerne au plus haut point la qualité de l’encadrement offert aux étudiants et à cet égard, sans rien nier de la contribution des chargés de cours à l’enseignement, nous pensons, à l’instar du défunt Conseil des Universités, qu’elle représente une contribution d’appoint et que la formation universitaire devrait miser pour l’essentiel, aux trois cycles d’études, sur un corps professoral régulier plutôt qu’à temps partiel. Les règles de financement ne devraient pas encourager les établissements à recourir au travail précaire pour rencontrer leurs objectifs de développement, mais elles devraient au contraire les inciter à planifier, sur une base pluriannuelle, le recrutement de professeurs réguliers, en favorisant, par exemple, l’accès à la carrière professorale de personnes hautement compétentes dont le statut précaire et l’exclusion de la recherche entraîne la déqualification.
Rappelons aussi que la qualité de l'arrimage des programmes et des niveaux de formation du collégial et de l'universitaire représente un enjeu important de la persévérance. À ce sujet, le mandat du Comité de liaison de l'enseignement supérieur (CLES) devrait constituer une priorité et être renforcé.
L'actuel incitatif à la diplomation, qui accorde des subsides aux établissements selon le nombre de leurs diplômés, ne nous semble pas la bonne façon d'atteindre l'objectif poursuivi. Le MEQ lui-même n'a-t-il pas constaté que cette façon d'accroître la persévérance aux études a peu d'effet. Il nous apparaît donc nettement préférable, comme cela a été noté plus haut, d'inciter directement les étudiants à terminer leurs études en leur accordant à eux, qui sont les premiers acteurs de cette entreprise, une aide pécuniaire à cet effet.
Une pondération par secteurs disciplinaires et par cycles est justifiée, car il est équitable que les programmes dont les coûts sont plus lourds soient financés en conséquence. Les universités dont le développement est plus marqué dans ces secteurs et ces cycles reçoivent d’ailleurs déjà un financement plus élevé à cet effet.
Si le niveau de financement des universités était l’objet d’un redressement et d’une stabilisation, on pourrait envisager une révision des pondérations actuellement appliquées. Comme telle n’est pas la politique gouvernementale actuelle, et que le financement des universités s’effectue à partir d’une enveloppe fermée en décroissance, il ne nous apparaît pas opportun de procéder à une telle révision. Toute modification à la hausse de la pondération actuelle aurait en effet pour conséquence de soustraire aux établissements moins présents aux cycles supérieurs, des sommes qui seraient transférées à ceux qui le sont davantage. Les universités plus jeunes se verraient ainsi pénalisées à un moment où elles se trouvent déjà lourdement touchées par des compressions budgétaires récurrentes.
S’il s’avérait, après étude, que la pondération actuelle sous-estime les coûts de certains secteurs ou cycles d’études, celle-ci pourrait éventuellement être réévaluée. Les modifications au financement qui s’ensuivraient ne devraient cependant être mises en pratique que progressivement, lorsque de “l’argent neuf” sera réinjecté dans le financement des universités.
Enfin, l’impact des choix qui sont faits à ce chapitre devrait être examiné de manière systémique. Dans la mesure où une pondération à la hausse des cycles supérieurs constitue une incitation à y investir davantage, il faudra s’assurer qu’elle ne diminue en rien les efforts de revalorisation de l’enseignement et l’amélioration de l’encadrement au 1er cycle dont plusieurs intervenants du milieu universitaire ainsi que le Conseil supérieur de l’Éducation et le ministère de l’Éducation lui-même (comme on le voit par le point 2.10 du mandat du Groupe de travail), souhaitent vivement et avec raison la mise en œuvre.
Oui. Les universités en région souffrent des règles actuelles de financement. Une grande partie de leurs activités engendrent des coûts supérieurs à ceux que doivent assumer les universités des grands centres urbains à cause de l’éloignement, de la grande dispersion territoriale des activités d'enseignement et de la densité relativement faible des populations desservies.
L'existence des universités en région ne doit pas être remise en question par des règles de financement qui se modèleraient sur les lois du marché. La responsabilité sociale de l'État et les coûts sociaux énormes engendrés par la sous-scolarisation doivent être pris en compte.
Il convient de souligner, d'autre part, que les établissements universitaires oeuvrant dans les régions dites périphériques ont été et continuent d'être des pôles de développement qu'on a trop tendance à réduire aux seules dimensions régionales. L'État par l'intermédiaire du Ministère de l'Éducation a la responsabilité première de financer cette partie intégrante du réseau universitaire. Et si sa contribution n'est pas exclusive, elle demeure prédominante et essentielle au financement adéquat de ces établissements et à leur accessibilité.
Il importe notamment de conserver à ces établissements la vocation générale qui est la leur en y maintenant une masse critique et suffisamment attractive de programmes de 1er cycle ainsi que les secteurs d'excellence qu'ils ont su développer aux cycles supérieurs.
Le développement des nouvelles technologies de l'information et de la communication dans la formation universitaire devrait se faire par la concertation des diverses universités. L'implication financière du Ministère dans cette entreprise devrait donc s'inscrire essentiellement dans une démarche de coopération interuniversitaire et viser à la favoriser de façon systémique.
Compte tenu des coûts très importants reliés à ces technologies, on devrait envisager de rendre les universités directement admissibles à des sources de financement comme le Fonds de l'autoroute de l’information. L’on sait qu’en vertu des règles actuelles de ce Fonds, elles n’y ont accès que par l’intermédiaire de projets promus par les entreprises privées, ce qui tend à favoriser l’impartition au secteur privé de prérogatives essentielles aux universités, comme on l’a vu dans le récent projet des PUMM.
Il faut, pour y parvenir, favoriser l'embauche des professeurs réguliers. Il est aussi très important que le gouvernement continue à assumer, dans la subvention de fonctionnement des universités, les frais indirects induits par les activités de recherche.
Les règles de financement ne doivent pas servir à déterminer l'aménagement des différentes composantes du travail professoral, cette responsabilité étant du ressort exclusif des établissements, en particulier par le biais des conventions collectives et des instances académiques appropriées.
Les universités doivent par contre procéder à une revalorisation véritable des fonctions d'enseignement et d'encadrement et leur assurer une meilleure reconnaissance institutionnelle et individuelle, non par des règles budgétaires dictées par le Ministère, mais par les mécanismes internes appropriés.
Non. Il serait très néfaste que l’État tienne compte des contributions financières obtenues du milieu comme facteur de régulation du financement public des universités. Une telle politique risquerait de contredire les efforts déployés par les établissements pour élargir le soutien accordé aux universités au sein de la collectivité.
D’autre part, le caractère complémentaire de ces fonds externes par rapport au financement global des universités s’en trouverait dénaturé. Il importe que le financement des universités demeure d’abord et avant tout un engagement de société à l’égard de l’enseignement supérieur conçu comme service public. Les revenus complémentaires provenant des fonds de dotation ou des fondations et auxquels les établissements peuvent avoir accès en proportions inégales compte tenu de leur degré de développement, des traits spécifiques de leur vocation respective et de leur emplacement, ne devraient pas servir de point d’appui à un nouvel abaissement du financement public des universités.
Non. Le principe actuel d'un financement global respecte, avec raison, l'autonomie des établissements. Le véritable problème n'est pas celui des diverses fonctions à financer, mais celui de la transparence de la gestion universitaire des fonds publics.
Plutôt que de limiter la transférabilité des divers éléments de la subvention gouvernementale, il serait préférable, selon nous, d'augmenter la transparence de la reddition de comptes des universités et de faciliter, sur une base comparable, l'accès à l'information sur les choix budgétaires et les dépenses effectuées par les établissements à même les fonds publics qui leur sont alloués.
Au chapitre du contrôle budgétaire, le Groupe de travail devrait, s'il cherche des moyens de réduire les coûts, examiner très attentivement les coûts de la bureaucratisation (augmentation des fonctions cadres et des échelons intermédiaires de contrôle et de gestion) des établissements universitaires depuis plusieurs années. Les facteurs à l’origine de ce phénomène ne sont d’ailleurs pas tous internes aux universités. Ils ont souvent été encouragés par les politiques gouvernementales elles-mêmes et par le rôle et les pratiques des organismes subventionnaires à l’égard du financement de la recherche.
Rappelons, en guise de conclusion, à quel point le système universitaire a été fragilisé par les compressions financières des années passées. En introduire d’autres par le biais de nouvelles règles de financement, ou modifier celles-ci dans le but d'accroître le désengagement de l'État, perturberait durablement l'ensemble du réseau et menacerait gravement la qualité de l'enseignement supérieur au Québec.
La FQPPU souhaite vivement que les recommandations du Groupe de travail contribuent de manière décisive à améliorer les règles de financement des universités et qu’elles favorisent à terme le redressement du financement public qui leur est alloué.