L’IMPACT DES POLITIQUES
DE L’INNOVATION SUR LA
RECHERCHE UNIVERSITAIRE :
SYSTÈMES NATIONAUX ET
RÉSEAUX MONDIAUX
par
Pierre Milot ![]()
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Version courte ici
Le Globe and Mail du 14 février dernier titrait l’un de ses articles comme suit : Alberta offers cash to pick world’s brain – « Superstars » could be paid $20 million each. Si une telle annonce paraît extravagante et surtout ne pas correspondre à l’idée que l’on se fait généralement du professeur (et du chercheur universitaire), il n’en demeure pas moins que la recherche universitaire est devenue un secteur où domine la compétition et que les projets et les programmes de recherche présentant les meilleures avenues de rentabilité ont la cote. Le terme même de recherche ne s’utilise presque plus sans qu’y soit accolé celui d’innovation, devenu le maître mot de toutes les politiques publiques dans ce domaine. À ce sujet Le Devoir a publié, le 8 février 2007 dans sa page Idées, un texte de la FQPPU intitulé La « Stratégie québécoise de la recherche et de l’innovation » : Une mystification qui menace l’autonomie de l’université québécoise
Alors que la recherche est reconnue comme essentielle au développement de la société, les politiques auxquelles les gouvernements la soumettent depuis le début des années 2000 provoquent de nombreuses inquiétudes chez les partenaires de la recherche universitaire. Mises sous la responsabilité de ministères à vocation économique – Ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation (MDEIE) au Québec et Industrie Canada au palier fédéral – les politiques publiques en matière de recherche orientent de manière réductrice les domaines de recherche, imposent des priorités aux universités et aux chercheures et chercheurs. Certains domaines sont presque abandonnés parce que perçus comme moins « rentables ».
Les représentants de ceux et celles qui font cette recherche au quotidien, qui l’initient et la développent, qui sollicitent les fonds octroyés par l’État, en somme qui sont les principaux producteurs de la recherche publique considèrent que les politiques en vigueur ne respectent plus l’essence de ce que devrait être la recherche financée par l’État ou recherche publique. Celle-ci se doit d’être au service de l’ensemble de la société et non pas orientée par la perspective de retombées économiques.
Réunis pour partager leurs analyses et points de vue, des représentants de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU), de la Fédération du personnel professionnel des universités et de la recherche (FPPU), de l’Association des chercheur(e)s professionnels(le)s du Québec (ACPQ) et du Conseil national des cycles supérieurs (CNCS/FEUQ) ont réitéré leur conception de la recherche universitaire indissociable de l’enseignement universitaire. Ils ont fait des constats similaires quant aux conséquences des politiques actuelles et décidé de travailler ensemble à dénoncer les décisions qui transforment l’université et mènent la recherche universitaire à des impasses.
Le 14 mars 2007
Préparé par :
Cécile Sabourin, Présidente, Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU)
(514) 843-5953 ; presidence@fqppu.org
Voici des consensus et quelques constats que les représentants de la FQPPU, de la FPPU (Fédération du personnel professionnel des universités et de la recherch), de l’ACPQ (Association des chercheur(e)s professionnels(le)s du Québec) et du CNCS/FEUQ (Conseil national des cycles supérieurs de la Fédération étudiante universitaire du Québec) partagent :
Il en résulte des conséquences majeures sur la diversité de la recherche, en particulier sur la recherche fondamentale et les recherches en sciences humaines.
Les domaines des sciences appliquées et des sciences biomédicales ne sont pas épargnées par les effets des politiques en dépit du fait que ces secteurs sont parfois perçus comme mieux soutenus financièrement. Ils subissent de sérieuses pressions reliées à la conception utilitariste de la recherche et à l’impression que toute recherche apportera vite des retombées commerciales.
Les professeures et professeurs – en particulier les recrues qui tiennent à se constituer un dossier en recherche - doivent y consacrer du temps dans un contexte où la disponibilité des fonds est inférieure aux besoins, où les objectifs des programmes de subventions sont souvent ciblés.
Dans ce contexte, la FQPPU organise les 22 et 23 mars prochain Du rêve à la réalité : colloque sur les études doctorales et les débuts de la carrière professorale universitaire.
Les mécanismes d’attribution et de gestion des subventions sont de plus en plus lourds et bureaucratiques.
Les subventions moyennes sont souvent en décroissance, ce qui entraîne des conséquences sur l’emploi de professionnels de recherche et les conditions d’exécution des programmes de recherche. Voir quelques données indicatives dans l’encadré plus bas.
Le taux de succès au programme de subventions ordinaires du Conseil de recherche en sciences humaines du Canada (CRSH) est, pour le Québec, de 46,1% en 2006-2007 avec un taux de financement de 31,7% par rapport aux montants demandés.
Le taux de réussite aux programmes de subventions de projets stratégiques et d’initiatives en nouveaux media du Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) a connu son meilleur rendement en 2006-2007 avec 30,9%.
Les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) annoncent pour 2006-2007 des taux de réussite pour les subventions de fonctionnement de 16%
Le Fonds de recherche en santé du Québec (FRSQ) a connu, en 2005-2006, un taux de réussite de 26% pour les bourses de formation et de 43% pour les chercheurs-boursiers cliniciens, ce par rapport à des taux de recommandation de 80% et de 75%.
Le programme relatif à l’établissement de nouveaux chercheurs du Fonds de recherche sur la nature et la technologie (NATEQ) a connu un taux de réussite de 41% pour l’année 2005-2006, en baisse par rapport aux années précédentes (62% en 2004-2005; 64% en 2003-2004, 60% en 2002-2003; 46% en 2001-2002), alors que le nombre de demandes était en croissance.
Les taux de recommandation et de financement des différents programmes de subventions du Fonds québécois de recherche sur la société et la culture (FQRSC) pour 2005-2006 montrent des écarts importants entre les recommandations et le financement accordé, Pour les étudiants de maîtrise, doctorat et postdoctorat, les taux de financement étaient de 38%, 29% et 28% alors que pour les deux programmes les plus sollicités par les professeures et professeurs « nouveaux chercheurs » et « soutien aux équipes de recherche », ils s’élevaient à 59% et 52%. Les taux de financement pour les « actions concertés », c’est-à-dire les appels d’offre, sont de 75%.
Le CNCS/FEUQ estime à moins de 15% les étudiants et étudiants ayant accès à une bourse de recherche d’un organisme subventionnaire.
1 Les sites des fonds subventionnaires présentent de manières très différenciées les informations au sujet des résultats de leurs concours. Dans plusieurs cas, il est impossible d’en avoir une vue d’ensemble et de faire des comparaisons entre les années.